Carentan, O Carentan

La 101st Airborne Division du Major General Mawell Davenport Taylor connait en Normandie et en juin 1944 son baptême du feu. Elle combat le Jour J à partir de 0 heures 15 (heure anglaise) et dans le sillage de ses pathfinders, en ordre souvent dispersé, chaque compagnie, chaque bataillon tentant malgré le chaos de remplir ses objectifs, sécuriser les accès à Utah Beach d’où les forces terrestres, 4th ID en tête, doivent surgir à l’aube du 6 juin. A Jour J + 2, les Screaming Eagles ont accompli toutes les missions qui lui avaient été confiées, libérant même Saint Côme du Mont. Ses régiments occupent alors solidement tous les flancs sud et ouest du VII Corps du Major General J Lawton Collins sur la rive gauche de la Douve. Cette situation amène le commandant de la US 1st Army, le Lieutenant General Omar N. Bradley à décider la jonction immédiate de ses deux Corps d’armée, le VIIème, et le Vème débarqué à Omaha Beach. L’importance de la jonction entre les têtes de pont d’Omaha et d’Utah est jugée “Top Priority” par Ike Eisenhower lui-même. Clé de cette jonction, la ville de Carentan. Le Field Marshall Erwin Rommel partage la même analyse. Mais pour le haut commandement allemand, cette jonction ne doit pas avoir lieu. Ordre est donné au Fallschirm Regiment 6 du Major Baron Friedrich von der Heydte, de “tenir Carentan jusqu’au dernier homme”. Dans le même temps, Adolf Hitler ordonne à la puissante 17ème SS Panzer Grenadier Division de monter à marche forcée depuis Thouars pour rejeter les Alliés à la mer à Carentan. Collins convoque Max Taylor à son CP de Audouville et lui ordonne simplement : “Now take Carentan”. La 101st Airborne Division va engager ses 4 régiments et forces de soutien pour sa première opération d’envergure en tant que division, selon un plan pré établi en Angleterre par Taylor : traversée de la Douve à hauteur de Brévands, et attaque simultanée par la National 13 à partir de St Côme du Mont, pour un encerclement de la ville au sud. Exténués, décimés, mal équipés pour affronter des unités blindées, les vaillants régiments parachutistes et Glidermen de la division vont au soir du 11 juin parvenir à déloger les paras allemands, dont la ténacité leur vaudra bientôt le surnom de « Lions de Carentan ». Mais la mission n’en est pas terminée pour autant. Sans avoir le temps de prendre le moindre repos, les paratroopers reçoivent de plein fouet tout le poids de l’attaque des SS décidés à non seulement reprendre la ville, mais à rejeter les américains à la mer. Il faudra tout le poids d’un Combat Command Blindé complet de la 2nd Armored Division venu d’Omaha pour aider les paras à l’emporter et à sécuriser le périmètre sud et sud ouest de Carentan. La ville et ses habitants auront terriblement souffert de ces combats, et l’on déplorera près d’une cinquantaine de victimes civiles, et près de 250 maisons détruites. Carentan subira des tirs sporadiques d’artillerie jusqu’à la fin du mois de juin 1944.

Lorsque l'on a touché le sol à Utah Beach en Normandie le 6 juin 1944, nos vies ont brutalement changé dans des proportions qu'aucun de nous n'aurait imaginé. Nous ne le savions pas à ce moment là, mais nous embarquions dans une aventure qui allait nous marquer à jamais. La vue sinistre et écoeurante des champs de bataille allait me hanter ma vie entière, brisant ma confiance en moi, et changeant ma personnalité.Des membres de mon squad en Normandie, le Lt Aspinwall, Grethel et Meadows allaient mourir. Bates ne survivrait pas à ses blessures suite au crash de son glider . O'Guin, Primas et Gilstrap seraient amputés des jambes après avoir marché sur des Shu-mines...

Robert Bowen C/401st GIR - Blessé à Carentan

Un prix Pulitzer à Carentan

 

 

Louis Aston Marantz Simpson est né un 27 mars 1923. Cet homme au destin bien particulier, a combattu à Carentan. Une ville, des combats qui ont profondément marqué le jeune homme, qui appliquera ses talents littéraires à retranscrire en un poème les drames vécus en Normandie. C’est par l’écriture qu’il parviendra à se restructurer mentalement après la guerre. Et son talent sera récompensé d’un prix Pülitzer en 1964 pou « At the End of the Open Road ». Louis débarque le 6 juin à Utah Beach avec la compagnie G du 327h GIR. Né d’une mère russe et d’un père Jamaïcain, Louis a été un moment citoyen Britannique. Il quitte l’Université de Columbia pour s’engager, d’abord dans les blindés, puis dans la 101st Airborne. Il est blessé le 12 juin 1944 lors de l’assaut de sa compagnie G, 327th GIR, le long du bassin à flot à Carentan. Il était le « runner » du Captain Evans. Il récupérera de ses blessures pour poursuivre la guerre en Hollande, Bastogne et Allemagne.

 

 

 

Carentan O Carentan

Louis Simpson, 1923 – 2012

Les arbres autrefois

formaient une allée ombragée

Où les amants qui se promenaient main dans la main

venaient de Carentan

C’était le canal vert resplendissant

par lequel nous sommes arrivés, deux par deux

marchant à intervale de combat.

De telles arbres jamais nous n’avions vu.

C’était une journée de début juin

Le sol était doux et brillant de rosée.

Au loin, les canons tonnaient

mais au dessus de nous, le ciel était bleu.

mais une fumée flottait au dessus de la mer

d’où les navires parlaient

à des villes que nous ne pouvions voir.

Si vous nous aviez vu depuis vos fenêtres

vous nous auriez pris pour des paysans en vadrouille

partis ramasser le foin,

chacun avec sa fourche.

Les observateurs dans leurs costumes léopards

attendaient jusqu’au moment propice

et nous visaient entre la ceinture et les bottes

laissant s’élever les canons de leurs armes.

Je dois vite me jeter à terre.

Un marteau me frappe les genoux.

Appeler cela la mort ou la peur,

mais ne comptez plus sur moi.

Tout va bien chère Mère

Tout le monde est traité de la même manière,

à un moment ou à un autre

Cela fait partie du jeu.
Je n’ai plus jamais marché,

et ne marcherai plus jamais

le long d’un chemin ombragé

et jamais plus je ne boirai l’eau d’un canal
Il y a des sifflements dans les branches

et ce n’est pas le vent,

les ramures tombent tranchées par des couteaux

qui découpent des hommes en contrebas.

Dis moi, Master Sergent

par où me tourner et tirer.

Mais le sergent qui m’a appris à le faire

est désormais silencieux.

O mon capitaine, montre moi vite

notre place sur la carte.

Mais le Capitaine semble malade

et est plongé dans un profond sommeil.

Lieutenant, quel est mon devoir?

Et ma place dans ce platoon?

Lui aussi est une beauté endormie,

charmée par ce bruit étrange.

Carentan O Carentan

Avant de te rencontrer

jamais nous n’avions perdu un seul homme

ni connu ce que la mort peut infliger.

Louis Simpson